Les illusions du cour terme.

Publié le 5 Juin 2013

Jamais la pression n'avait été aussi forte pour délaisser la voie choisie depuis des années par l'Union Européenne en direction de la sobriété énergétique et des énergies renouvelables afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre et préserver ainsi la stabilité du climat.
Voie qui se résume en trois chiffres : en 2020, 20% d'EnR dans le bouquet énergétique européen et -20% d'émissions de GES.
L'exploitation du gaz de schiste aux États Unis a bouleversé cet agenda. L'exploitation à perte de cette énergie, largement subventionnée par l'Etat américain à travers un dispositif fiscal avantageux entretient l'illusion d'une énergie miraculeusement abondante, à bas coût.
Cette version rose de la situation ne résiste pas à la première analyse économique sérieuse. La compétitivité de l'industrie américaine vient de la possibilité d'acheter une matière en surabondance sur un marché saturé par l'offre. Les prix anormalement bas de ce gaz ne sont pas dus à la facilité d'accès aux réserves mais à l'effondrement des prix de vente. Les entreprises exploitantes ne survivent que grâce à la subvention issue d'un avantage fiscal.
Et pourtant, ça marche ! On répète en boucle un discours bien huilé : abandonner les politiques d'efficacité énergétique au profit de l'exploitation de réserves supposées considérables ceci, afin de garantir la compétitivité des entreprises européennes gourmandes d'énergie face à la concurrence américaine.
Or, cette compétitivité ne viendra pas du gaz de schiste mais de la subvention que les Etats donneront ; dans ce cas, autant subventionner directement les entreprises comme le fait déjà le gouvernement allemand. Et dans cette hypothèse, les deux options (Gaz de schiste et efficacité énergétique) se comparent très bien sur le plan économique.
Par contre sur le plan de l'emploi, la voie de l'efficacité énergétique se distingue très largement.
L'expérience américaine nous apprend que l'exploitation des gaz de schiste produit 1,2 emploi par puits.
Une politique volontariste en terme d'efficacité énergétique permettrait de créer 235 000 en 2020. Pour obtenir le même résultat, il faudrait forer environ 200 000 puits ! Soit 2500 puits en moyenne dans chaque département...
Comme autrefois la ruée vers l'or avait surtout la fortune des marchands de pelles et des tenanciers, cette ruée vers ce supposé eldorado risque faire un grand nombre de déçus et surtout de faire perdre des années d'innovations aux membres de l'Union Européenne.

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